Extrait du blog de Jean Pierre Repiquet. Comme c'est la semaine de la résurrection...si ça peut vous donner des idées pour les restes des fêtes !

L’application que je mettais à mes études et mon sens aigu de la discipline me valurent le plaisir de passer une partie de ma scolarité dans un établissement privé où l’on nous poussait sur le chemin de la connaissance étroitement bordé, de part et d’autre, d’une infranchissable clôture de principes chrétiens.
Je ne regrette pas cette époque mais je n’en ai pas non plus de mauvais souvenirs. C’était l’âge des découvertes et j’en ai fait beaucoup…

Je me souviens en particulier d’avoir découvert la faim au son des gargouillements harmonieux de mon jeune estomac. On nous enseignait les vertus de l’ascèse et l’horreur du gaspillage. Nous nous nourrissions uniquement pour survivre et aucun d’entre nous n'aurait imaginé prendre un jour du plaisir à table…
Les gratins succédaient aux sautés avec une monotonie désolante. Le vendredi était, bien entendu, le jour du poisson. Mais avant ce point d’orgue, le jeudi, le cuisinier nous préparaient la spécialité de l’établissement : Le pâté de résurrection !
Ce nom extraordinaire désignait une trouvaille stupéfiante dont je n’ai jamais trouvé l’équivalent ailleurs. Il s’agissait tout simplement d’un astucieux mais providentiel accommodement de tous les restes de la semaine écoulée… De la pointe d’une fourchette exploratrice, nous redécouvrions avec ravissement, sous d’anciennes côtes de blettes en béchamel, un pilon de poulet dominical et des vestiges d’aile de raie côtoyant le râble de lapin du lundi. Le repas prenait soudain une tournure très scientifique et je pensait à cette époque là, devenir plus tard médecin légiste ou archéologue.
Sous le pâté il y avait la résurrection !

A la seule évocation de ce saint principe, l’appétit serait revenu à n’importe lequel d’entre nous si par hasard il lui avait fait défaut. Le père supérieur avait ramené d’Angleterre cette prodigieuse idée. Il l’avait découvert là bas sous le nom de “résurrection pie” et l’avait immédiatement inscrite à nos menus. Il aimait, à chaque occasion, en prononcer le nom anglais avec cet abominable accent palestinien qui nous faisait rire aux larmes.

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