Un baiser d’amour emporté par la brise
Aude Nectar - mardi 17 mars 2009 - Ma petite vie - #402 - rss
Lorsque j'ai lancé ce blog, fin 2007, je me livrais peu.
J'étais sensible aux belles plumes du Net, et je mettais en ligne des extraits de blogs qui me touchaient.
Je suis tombée par hasard sur celui de Francis en novembre 2007.
Il était malade, une maladie invalidante, qui le forçait à rester la plupart du temps allongé dans sa chambre.
Ses textes (et ses photos) m'avaient profondément émue.
Il avait un regard sur les choses d'une rare sensibilité, qu'il exprimait avec beaucoup de poésie.
Voici le texte que j'avais choisi à l'époque :
Aujourd’hui, je ne puis plus regarder mon jardin que d’un seul point, par une seule fenêtre, sous un seul angle.
Mais cette vue est devenue comme une photographie, à la fois fixe et à la fois changeante avec les ciels, les instants du jour, les saisons, les ombres et les lumières.
Aussi, quand on s’est habitué à la pensée que la marche est devenue impossible, il est assez beau de découvrir que les choses ont la faculté de changer et cela sans bouger.
Ainsi, je vois un rouge-gorge en quête d’un pique-nique, un chat roux qui fait de même (fais gaffe, le rouge-gorge), un avion qui s’éloigne pour la baie de Rio, un nuage qui prend la forme d’un cœur, un ange qui passe, un baiser d’amour emporté par la brise, un vent léger qui me fait la bise.
Je demeure donc moi-même, enfant de ce monde, et mes pensées, tendues sur deux jambes mortes et longues, dansent une ronde devant une fenêtre ouverte sur la vie.
Je l'avais mis en ligne avant de faire une pause pour cause de double grossesse gerbouilleuse.
J'avais contacté Francis par mail pour lui demander son autorisation et lui dire que j'étais sensible à ses mots.
Il m'avait alors envoyé ce mail :
Bonjour, bonjour !
Avant tout, un grand merci pour votre message.
Cela me fait très plaisir.
En pièces jointes, vous trouverez les deux textes souhaités.
Belle vie pour votre site et à bientôt pour de nouvelles aventures.
Je vous souhaite un automne lumineux et serein.
Amitiés.
Francis
Lui qui était immobilisé, souffrant comme on le sentait dans ses textes de ne plus pouvoir vivre comme avant, Francis souhaitait une belle vie à mon site tout neuf, à moi un automne lumineux et serein, et m'offrait ses amitiés.
J'en ai eu des réponses gentilles de blogueurs, mais celle-ci l'était particulièrement, et respirait surtout la sérénité, la bonté.
Puis il m'a insérée dans sa liste d'amis et je recevais régulièrement des nouvelles de son état, ses projets, ses photos, de jolis textes.
Francis, c'était aussi le type drôle qui m'envoyait des blagues et des vidéos marrantes, et qui fin juin nous souhaitait des vacances magiques, ludiques, lubriques, sans moustiques.
J'avais bien compris ces derniers mois que la maladie gagnait du terrain. Sa femme, Marie, exceptionnelle, le soutenait d'un amour sans faille. Je ressentais un lien très fort, une estime, un respect hors du commun entre eux.
Un soir, fin 2008, un mail exalté de Francis sur un projet qui le mettait en joie : écrire un livre avec sa femme.
J'étais heureuse pour eux, je leur ai fait part de mes encouragements.
Je ne pense pas qu'ils aient eu le temps de commencer ou en tout cas avancer suffisamment ce beau projet.
J'ai reçu la semaine dernière un mail avec ce titre :
Au revoir.
En voici un extrait :
Cher(e)s Ami(e)s,
Bonjour !
Ceci est mon dernier message.
Durant tous ces mois, ces années, je n’ai cessé de vous parler, de vous aimer.
Des images apparaissaient sur l’écran, d’autres mots encore pour accompagner ce cheminement, cet ultime voyage.
Vous ne pouvez savoir les sanglots refoulés lorsque je vous écrivais, les yeux mouillés au fond de l’encrier de mon clavier.
Le bonheur aussi de vous savoir là , lorsque je pouvais encore cliquer sur « envoyer ».
Et, du fond du cœur, je vous en remercie.
Je ne sais ce que me réserve mon avenir.
Honnêtement, je ne le sais pas.
Mais, ce que je sais, c’est que lorsque vous verrez des grains de poussière voltiger dans un rai de lumière, lorsque vous entendrez les vents glisser parmi les herbes folles, lorsque vous humerez la terre après l’averse, lorsque vous sentirez le grain de la roche, lorsque vous goûterez le sel de la vie, vous vous direz : Francis est là et ce que je vis, il le connaît aussi.
Ma vie fut une vie parmi d’autres.
Pas de révolution, rien que l’amour pour seule et unique conviction.
Je vous laisse Marie, la femme de ma vie, le miracle de chacun de mes jours.
Gardez l’œil sur elle, car, sur le miroir de son visage d’ange, vous verrez mon sourire.
Je suis parti, je suis ailleurs.
Pour un autre bonheur.
Mais, peut-être que demain…
Nous nous tendrons à nouveau la main.
Francis.
Recopier ces derniers mots de Francis m'oblige à les relire, et en les relisant, j'ai les mêmes sanglots refoulés qu'il avait devant son clavier, et je ne peux retenir mes larmes.
Je n'ai jamais rencontré Francis, mais je suis triste.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il parte si vite, et son ultime message est émouvant, comme il a toujours su l'être.
Peut-être nous rencontrerons-nous enfin un jour, ailleurs.
Mais sur ce blog qui avait débuté avec la poésie de Francis, j'aimerais lui rendre hommage.

Francis Vansteenwinckel est décédé le 9 mars 2009 à l'âge de 59 ans.
Aujourd'hui ont lieu ses funérailles.
Si vous souhaitez admirer ses photos, lire ses merveilleux textes, mieux le connaître, son blog est FrancisVan (dans Galeries ses textes).
Une chanson de Serge Reggiani qu'il nous avait envoyée en novembre 2008, avec cette phrase : "Un cadeau de mots, qui me collent si bien à la peau".
Et comme le chante Serge, savourons le temps qui reste, car combien de temps encore ?
1. Miss Brownie - mardi 17 mars 2009 - 10:30
Ces mots étaient extrêmement touchants !
Je souhaite à Francis en bon voyage porté par le vent ...
Je ne le connaissais pas ni son blog mais j'ai les même sanglots refoulés en découvrant ses textes.
2. Carole - mardi 17 mars 2009 - 11:06
Moi aussi je suis toute émue par les mots et l'histoire...
3. e-Zabel - mardi 17 mars 2009 - 11:58
bordel tu me touches là , enfin Francis...
4. teawithmilk - mercredi 18 mars 2009 - 11:56
A la lecture de ce post les larmes me montent aux yeux.
Jamais je ne pourrais m'habituer à la mort. Qu'il s'agisse d'inconnus (comme Francis, ou ce matin un vieux monsieur qui parlait de sa femme qui venait de le quitter), la même émotion me gagne, j'ai du mal à contenir mes larmes. Profitons de chaque jour, chaque instant, savourons de ces précieux moments de vie et de tendresse que nous offrent nos enfants. J'oublie trop vite de profiter, prise dans le "tourbillon de la vie"....
Merci ce post me "rappelle à l'ordre"!
5. tramadol online - samedi 30 octobre 2010 - 13:25
Aujouad’hui, je nae puis paus regarderaon jardin que ad’un seual poaint
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