Beigbeder se raconte sans trop se la raconter
Aude Nectar - mardi 15 septembre 2009 - Nectar de livres - #532 - rss
Oui on ne parle que de son bouquin, Un roman français, alors qu'il y en a 600 autres qui ne demandent qu'à être aussi lus, découverts, critiqués, en cette rentrée littéraire.
Si je m'y suis intéressée, ce n'est pas uniquement par voyeurisme.
C'est que j'éprouve une certaine admiration pour ceux qui arrivent à publiquement parler de leur mal être, avouer qu'ils ne vont pas toujours aussi bien qu'ils en ont l'air, ne s'aiment pas tout à fait comme ils sont. Ceux qui osent évoquer un passé difficile, qui cherchent à comprendre en quoi ça peut aujourd'hui provoquer des angoisses, des questions existentielles.
Sans se préoccuper du regard des autres. Ils ont ce passé, c'est comme ça, ça explique certaines choses aujourd'hui, point barre. Ceux que ça gêne n'ont qu'à passer leur chemin.
Et ça fait du bien de l'écrire. Une sorte de psychothérapie.
D'ailleurs je constate que beaucoup de blogueurs ont lancé leur blog à un moment de fragilité, de déprime, et que ça les a aidés à remonter la pente. Certains sont aujourd'hui des blogueurs influents !
Beigbeder m'agace parfois. Il se drogue et se fout que ça se sache. Il semble pédant et sur de lui.
Il est écrivain mais aussi chroniqueur chez Voici. Il côtoie le gratin intellectuel, et sort avec Laura Smet. Qui se retrouve déprimée en clinique psychiatrique après leur rupture.
Mais pourquoi était-elle folle de lui ? Physiquement, bon, c'est pas terrible, et j'ai l'image d'un branleur toxico- rebello-intellectuel qui s'y croit.
Il est donc intéressant de découvrir une facette plus profonde, plus humaine du personnage.
Qui s'exprime avec sincérité, et un humour grave qui ont su me toucher.
Pourtant j'étais mitigée au début. Déçue par le style, je trouvais qu'il en faisait parfois trop pour prouver qu'il écrit bien, mérite sa place dans le cercle fermé des grands écrivains français à succès. A coups de métaphores pas toujours heureuses.
On a même droit, et je cite ici le pire, à ce genre de trucs : il faut creuser en moi, comme le prisonnier Michael Scofield fore un tunnel pour s'évader de sa cellule dans prison Break. Bon là , j'avoue, j'ai douté. Rigolé (pas très gentiment). Hésité à continuer.
Puis j'ai repris ma lecture, et je ne regrette rien.
Son style s'affirme et a su me conquérir ensuite. Il nous livre avec une franchise parfois désopilante ses complexes d'enfants et d'ado, la comparaison toujours à l'avantage de son grand et beau frère Charles, bourreau des cœurs, alors que lui...
Il aurait cependant gagné à moins s'appesantir sur l'histoire de sa famille, dont il est fier, certains ont été des héros de guerre, et puis ses vacances d'enfant dans le Pays basque, c'est très mignon, mais ce n'est pas le plus palpitant.
Non, le passage tout à fait génial, c'est sa garde à vue, ses échanges pseudo philosophiques avec un flic qu'il essaie d'impressionner mais qui se révèle aussi savant que lui. Un autre qui abuse de sa position pour le garder plus longtemps. Sa claustrophobie, les autres détenus qui l'insultent à travers les barreaux, sa puanteur, sa fatigue, ses larmes, et tout ce qui lui revient alors en mémoire. Sans honte il raconte son calvaire et c'est fascinant.
On apprend aussi l'ascendant qu'avait son frère sur lui, la souffrance provoquée par le divorce de ses parents. Qui serait la cause d'une amnésie, une absence inexpliquée de souvenirs concernant les 15 premières années de sa vie. Le flic a d'ailleurs une autre très bonne explication à ça.
Et ses réflexions sont souvent bien tournées et tellement vraies, je me suis retrouvée dans certaines.
A la fin du livre, je couvais d'un regard compréhensif et ému le gamin de la couverture .
Toutes ses dérives, ses insomnies, ses doutes et mal être sont le fait de ne pas avoir pu parler de ce passé auparavant, d'avoir vécu dans une famille où il fallait faire semblant que tout allait bien, soigner l'image, donner l'impression qu'il n'y avait pas de problème, même si ce dernier était gros comme une maison. Et le poids de cette absence de mots, des simulacres, il s'en débarrasse dans ce bouquin, fait tout exploser, et on comprend son soulagement. Tout en apprenant beaucoup sur sa personnalité, ce qu'il est vraiment. Fragile, doutant de lui, paternel, torturé, et donc instable sentimentalement. Sympathique aussi, et oui.
Dans une interview, il explique : si on écrit, c’est que l’on ne peut rien dire autrement. C’est le cas de toutes les familles bourgeoises..
Je confirme.

Nectar d'extraits :
- Une famille, c'est un groupe de gens qui n'arrivent pas à communiquer, mais s'interrompent bruyamment, s'exaspèrent mutuellement, comparent les diplômes de leurs enfants comme la décoration de leurs maisons, et se déchirent l'héritage de leurs parents dont le cadavre est encore tiède.
- Sachez que, quelque part dans les archives de la police nationale, existe une déposition où un dénommé Frédéric Beigbeder a déclaré que l'usage de stupéfiants était une "quête de plaisir fugace". Vos impôts servent à quelque chose.
- Si j'ai perdu la mémoire à l'âge adulte, c'est que peut-être déjà , très jeune, je n'avais plus confiance en la réalité.
- J'aimerais qu'on lise ce livre comme si c'était le premier ; (...) jusqu'à présent, j'ai décrit un homme que je ne suis pas, celui que j'aurais aimé être, le séducteur arrogant, qui faisait fantasmer le BCBG coincé en moi. Je croyais que la sincérité était ennuyeuse.
1. MissBrownie - mardi 15 septembre 2009 - 09:59
Je ne connaissais pas bien le personnage, mais grâce à toi, j'en sais un peu plus.
2. Madame Kévin - mardi 15 septembre 2009 - 10:51
Le personnage public m'agace souverainement. Ce que tu dis sur le contenu du livre est, en revanche, intéressant.
3. Carole - mardi 15 septembre 2009 - 11:21
J'aime bien ta critique.
Je ne vais pas l'acheter mais si je tombe dessus, je compte bien le lire!
4. Faustine - mardi 15 septembre 2009 - 12:30
Je passe mon chemin alors, il ne m'intéresse absolument pas cet homme, même, si comme je l'ai dit sur un autre blog, il possède une plume de qualité.
5. Cha - mardi 15 septembre 2009 - 13:22
j'ai pas d'opinion sur lui. la littérature française bofbof c'est comme le cinema francais, trop torturé!
6. Camille - mardi 15 septembre 2009 - 13:43
je connais pas trop le mec, j'ai essayé de lire un ou deux de ses bouquins, mais j'ai pas aimé... je vais quand même tenter celui-ci, tu me donnes envie!
7. M1 - mardi 15 septembre 2009 - 15:41
Ton post me donne envie de le lire et confirme le bon accueil qui est fait à ce roman, bien écrit et sans prétention !
8. Aude Nectar - mardi 15 septembre 2009 - 16:03
Le personnage public en effet est spécial mais il n'est tout simplement pas à l'aise avec lui-même et les autres, comme on le découvre dans son livre.
C'est un bon livre sur l'image que certains travaillent avec l'énergie du désespoir, image assez loin de ce qu'ils sont réellement. Le souci est que tout le monde ne s'interroge pas sur ce qu'il est vraiment, ne se remet pas en question, par peur de ce qu'il peut découvrir, et certains déambulent dans la vie en jouant un rôle de composition. Ces gens dupent leur monde, ceux qui croient qu'ils sont cette image, et mettent mal à l'aise les plus lucides.
Lui a l'honnêteté d'admettre ses doutes, de parler de ses faiblesses, ses complexes, d'être simple, de laisser tomber le paraître au profit de l'être, et c'est cette sincérité que je salue.
Je suis sérieuse aujourd'hui, la pluie peut-être !
9. La Mère Joie - mardi 15 septembre 2009 - 17:04
Ah non, moi il m'éclate ! Mais j'en ai une panoplie d'imbuvables grotesques qui m'éclatent...
J'ai très envie de lire son bouquin.
10. frannso - mardi 15 septembre 2009 - 17:34
Beigbeider était invité sur France Inter ce matin . J' aime bien ce type, comme j' aime bien Ardisson .
L 'interview Mère-Fils dans ELLE m' avait déjà ouvert l' appétit mais ses bouquins précédents ne m' avaient pas franchement passionnés .
Merci pour ta critique !
11. Océane - mardi 15 septembre 2009 - 21:53
Je l'ai emprunté à la bibli malgré ma détestation du personnage et de son écriture.
J'aurais dĂ» emprunter un autre bouquin.
12. olivier - mardi 15 septembre 2009 - 22:01
Bonjour
Votre blog est très intéressant si vous le voulez bien je peux le référencer dans LaMined'Or...
laissez-moi un petit commentaire avec l'adresse de votre blog, de quoi il parle et dites-moi quelle image vous voulez, pour le représenter.
Référencement par catégorie, apparition sur le mur LaMinedOr ect...
Ah ! j'allais oublier, c'est gratuit !!!
Cordialement
Olivier
laminedor.blog.mongenie.c...
13. Aude Nectar - mardi 15 septembre 2009 - 22:08
La mère joie et Fransso, bonne lecture alors, vous me direz !
Océane, tu n'as pas du tout accroché ? Pourquoi ?
Olivier, merci, je vais voir ça
14. Dgina - mercredi 16 septembre 2009 - 08:22
je déteste ce type. je n'aime pas son style, il en fait trop comme tu le dis justement. pour moi ce n'est pas de la grande littérature, c'est de la gerbe intérieure jetée en pâture et même pas avec classe!
15. Aude Nectar - mercredi 16 septembre 2009 - 11:05
Et bien Dgina, c'est le grand amour avec Fred !
16. Lolotte - mercredi 16 septembre 2009 - 12:34
Je suis en train de le terminer ... mon avis est assez partagé mais ton billet très juste. A bientôt et si je peux me permettre un conseil de lecture, je viens de terminer "Mon enfant de Berlin", c'est un bijou.
Bonne journée.
17. Lost & Found in London - mercredi 16 septembre 2009 - 18:43
Moi non plus je n'ai pas trop d'affinités avec le personnage public. J'ai lui 3 bouquins de lui. Je viens juste de finir "Au secours, pardon" qui m'a laissé un goût amer quand j'ai refermé le livre.
Je vais laisser passer un peu de temps. Je suis intriguée par son dernier. Je le lirai surement avant Noël.
18. chocoladdict - lundi 21 septembre 2009 - 12:17
je n'aime pas du tout le personnage...en tous cas celui qui se dessine quand on lit ses romans précédents mais je dois dire que tu m'as donné envie de lire son dernier livre...je vais tenter de le réserver en bibliothèque...
19. Aude Nectar - mercredi 23 septembre 2009 - 12:56
Merci Lolotte je note !
Son dernier bouquin est plus sincère que les autres, avec des touches d'humour et quelques belles pensées, moi les autres ne m'avaient pas branchée plus que ça !
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