Mon père, cet homme sans son chat
Aude Nectar - mardi 13 octobre 2009 - Ma petite vie - #565 - rss
Finalement, un blog, c'est pour se raconter, se confier, donner un avis, sans se soucier de ce que les autres penseront.
Remonter parfois à des souvenirs intimes, balancer à une masse de gens qu'on ne connait pas, ce qu'on ose pas toujours révéler à ceux qu'on connait mieux.
Par passion, désir de partager, s'exprimer en toute franchise, semer une petite part de soi, récolter des avis qui enrichissent.
Aujourd'hui, ce billet sera particulièrement personnel.
Quand je parle de choses qui me touchent, j'ai rapidement les larmes aux yeux, je pleure facilement. La lourdingue quoi.
C'est gênant pour l'ami en face. Alors je lui épargne ce genre de scène. Sauf quand j'en ai trop gros sur la patate.
Le chat de mes parents vient de mourir.
C'est bon, on s'en fout de ses histoires de chat me direz-vous.
Sauf que ce chat, et c'est un peu triste, était tout pour mon père.
Dépressif depuis des années, il se morfond chez lui, au milieu de ses livres d'histoire et de sa télé.
Avec pour principal compagnon son chat.
Quand je passe le voir, il est toujours sur ses genoux, ou roulé en boule à ses pieds.
Mon père fume, et ce doux et gros félin a subi trop longtemps ce tabagisme passif.
Il a développé une détresse respiratoire en vieillissant.
Le mois dernier, devant l'importance de ses troubles, mon père malgré la dépendance a arrêté de fumer à la maison.
Ce qu'il n'avait jamais fait pour ma mère, mais passons.
Cependant, la pauvre bête obèse et sédentaire n'a pas tenu le choc.
La semaine dernière, mes pauvres parents ont du lui donner à boire à la petite cuillère.
Secouée de convulsions, elle a fini par tomber dans le coma, puis après quelques jours difficiles, s'en est allée.
Je sais que mon père est triste. Qu'il a pleuré, lui qui est si dur parfois.
La journée, pendant que ma mère travaille, il est dorénavant seul, sans son chat.
Et va s'enfoncer encore plus terriblement dans une dépression qui lui enlève tout espoir et goût de vivre depuis trop longtemps déjà .
J'irais bien le soutenir, le prendre dans mes bras.
Mais ce n'est pas possible. Je ne peux pas. Ne peux plus.
Il a un caractère épouvantable.
A tel point que ma mère et moi ne supportons plus de passer nos vacances avec lui.
Je m'en suis déjà prise plein la gueule petite. Toute ma joie de vivre, mon équilibre, je les ai trouvés à l'extérieur, dans la lecture, à travers l'amour de mes amis.
Puis j'ai pris de la distance avec ma famille, dés l'adolescence, pour me préserver.
Je n'ai pas le pouvoir de guérir la fragilité d'un père qui lui-même a manqué d'amour dans son enfance.
Bel homme, brillant, drôle, il avait tout pour réussir.
Mais son excès de sensibilité, le peu d'affection et d'encouragements reçus enfant l'ont définitivement abimé.
Il s'est blindé, s'est fabriqué une carapace agrémentée de quelques boulets de canons verbaux qu'on s'est reçus dans la face, alors qu'on ne demandait rien.
Résultat, ses enfants et sa femme, lassés de cette attitude destructrice, ont pris le large.
Seul son chat est resté.
Lui seul a eu droit à des mots gentils, des caresses, de l'attention.
Parce que sous ses piquants, cet homme blessé est généreux et aimant, mais il n'arrive plus à le montrer.
Personne ne le lui a appris.
Alors je suis triste.
Que va devenir cet homme sans son chat ?
1. MissBrownie - vendredi 13 novembre 2009 - 16:06
Bouh il est tout triste ton billet :-(
Je ne sais pas, il lui faut peut-être un nouveau chat pour lui tenir compagnie... ou un chien.
2. Nicolas - vendredi 13 novembre 2009 - 16:33
Oui, triste billet. Que répondre ? Un autre chat ?
3. caoua - vendredi 13 novembre 2009 - 16:44
tu dis : "Quand je parle de choses qui me touchent, j'ai rapidement les larmes aux yeux, je pleure facilement. La lourdingue quoi."
quoi, comment ça, pourquoi te juges tu ainsi ??? moi je ne te trouve nullement "lourdingue", bien au contraire, je te trouve légère, tellement humaine avec un coeur gros comme ça, car tout ce que tu donnes de toi au travers ton site, jamais je ne pourrai penser le contraire.
Aussi, d'un point de vue "extraterrestre", je sais que ton père se reincarnera forcément en chat, lui également a ses travers comme tu les décris, et mon père aussi en a, dont j'ai longtps souffert, et encore un peu aujourd'hui.
Mais cette souffrance est a mes yeux une chance, car si je ne l'avais jamais connue, alors, jamais non plus j'aurai pu "évolué" d'un point de vue spirituel.
Tout ça pour te dire que je sais ce que tu traverse comme épreuve avec ton père.
Sache que si tu veux approfondir un peu la chose, je suis présent, mais je ne veux point forcer la chose.
Attention, je ne dis pas que uniquement toi possèdes des pb avec ton père ou ta mère, mais que tous les humains ont la possibilité de résoudre ses pb avec ses parents dans le but de mieux vivre avec soi même.
4. Kahlan - vendredi 13 novembre 2009 - 17:02
Il lui faut un autre chat. Il dira que non, il ne veut pas remplacer le précédent, mais finalement, je suis sûre que ça lui sera bénéfique. Et qu'il apprendra à aimer le nouveau aussi.
Pour le reste, l'enfance est vraiment la fondation de ce qu'on deviendra, c'est incroyable...même quand on réagit en contradiction, ça nous hante et nous pèse toujours...très joli billet, et non, même si on ne te voit pas parler, tu n'es pas du tout lourdingue. ;)
5. Faustine - vendredi 13 novembre 2009 - 17:09
Tu dis avoir les larmes aux yeux assez facilement, ben c'est malin, moi aussi je les ai et au boulot en plus ;)
Ton père tel que tu le décris là ressemble sur beaucoup de points à mon oncle. Sauf que lui, même énervé, il s'en prendra à ses personnes les plus chères, ses chiennes. Les pauvres, elles lui montrent leur amour au quotidien, lui aussi, mais parfois, toute sa rage se défoulent sur elles. Tout ce qu'il camoufle en lui et ne dit pas à sa femme. Toute la tendresse qu'il aimerait porter à ses enfants mais qu'il ne fait pas. Alors, il se renferme tout seul, tel une huitre ... Et quand une de ses chienne décèdent, il en reprend toujours une autre. C'est ainsi que je n'ai jamais connu mon oncle, en 30 ans d'existence, sans 2 braques de Weimart.
6. ckankonvaou - vendredi 13 novembre 2009 - 20:02
Il faut convaincre ton père d'aller parler à quelqu'un. La perte de son animal vient accentuer une autre douleur qui'il doit évacuer ou au moins réussir à atténuer.
Si vous avez été privé de son affection, s'il n'a pas pu en donner sans doute, comme tu le dis, y a t-il chez lui qu'elque chose d'ineffable, d'indicible, qu'il doit exprimer pour pouvoir vivre mieux.Si tu veux des adresses tu me contactes par mail.
Il doit être malheureux, mais tu n'es pour rien la dedans, donc soit il veut s'en sortir et il fait une démarche sinon il va rester avec sa souffrance qui n'est sûrement pas liée qu'à la perte de son chat.
Enfin tout ce que j'écris là peut avoir l'air cucu, mais il faut faire confiance aux pouvoirs de la parole.
7. July - vendredi 13 novembre 2009 - 20:12
J'ai un pb mes commentaires ici ne passent plus... tu peux peut-être lui en offrir un nouveau?
8. Aude Nectar - vendredi 13 novembre 2009 - 20:25
J'ai fait le deuil de la relation paternelle idéale, ça a été progressif et parfois dans la douleur, mais maintenant ça va.
Et puis je sais qu'au fond c'est quelqu'un de bien, avec ses angoisses et ses blessures qui ont du mal à cicatriser. Il a enfin accepté de consulter, mais ce n'est pas évident, il est assez fier.
J'ai moi-même appris que pour être heureux, il ne faut pas s'appesantir sur le passé et comprendre les gens, pardonner.
Pour le chat, c'est du boulot en plus, et puis en reperdre un, on en avait un autre super quand j'étais petite mort écrasé pendant les vacances, alors pour mes parents ça suffit, et puis c'est un entretien (litière) et pour se déplacer c'est plus compliqué. Mais au fond je pense que ça lui ferait du bien, même si pour un chaton qui aime jouer, être avec une personne dépressive, c'est pas top non plus.
Merci !
9. E. - vendredi 13 novembre 2009 - 20:39
Billet tres emouvant...
Je pense comme beaucoup d'autres qu'un nouveau chat aiderait probablement ton pere.
10. Madame Kévin - vendredi 13 novembre 2009 - 21:20
C'est la deuxième fois que je viens sur ce billet. La première fois, je n'ai pas laissé de commentaire car je voulais me donner le temps de réfléchir. C'est difficile de trouver les mots justes et on prend toujours le risque d'être pesant ou maladroit. Evidemment je suis touchée par la situation de tes parents. Mais surtout je trouve que tu en parles avec beaucoup de sincérité, sans pathos mais avec sensibilité. Ton père a vécu et vit encore bien des tourments. Mais une chose est sûre : il a de la chance d'avoir une fille comme toi.
11. Camille - vendredi 13 novembre 2009 - 22:05
si je puis me permettre... je dirais la même chose, à quelque smots près, que Madame Kévin.
Je n'ajoute rien d'autre, donc. mais j'en pense pas moins!
12. Aude Nectar - vendredi 13 novembre 2009 - 22:29
C'est vraiment gentil, ça me touche d'autant plus que c'est assez culpabilisant d'avoir un papa qui ne va pas bien, et de se sentir impuissant !
Mais je suis tellement prise par ma propre famille maintenant, que je ne peux pas tout porter.
13. Chouyo - samedi 14 novembre 2009 - 05:11
Tu vois, à , l'inverse des commentaires précédents, et en ayant un père très particulier également..., j'aurais dit justement, surtout pas un autre chat.
Que quelqu'un lui laisse un chiot, sur le pas de la porte. Le genre de bestiole que tu ne peux absolument pas refourguer à une SPA. Et qui surtout t'oblige à sortir, à aller faire un tour au moins deux fois par jour, qui ne peut se contenter de trois pas dans la maison pour accéder à sa litière. Un animal qui brise le cercle de l'enfermement.
14. nath the parisienne - samedi 14 novembre 2009 - 11:23
l'amour que tu portes à ton père transparait clairement dans ce billet; ce n'est pas pour autant que tu portes la responsabilité de l'aider, pas plus que ses autres enfants ou sa femme d'ailleurs; vous faites déjà beaucoup en l'aimant, pour le reste, la balle est dans son camp... et pour ce qui concerne un autre chat, pourquoi pas, au lieu d'un chaton, un chat adulte qui a besoin d'aide .... En tous cas, merci de nous confier des sentimens si personnels. bises
15. lorna - samedi 14 novembre 2009 - 12:32
certe le chaton est joueur mais tu peux aussi lui proposer un chat adulte!
les assos sont bourrés de chats adultes dont elle connaisse le carctère par coeur. par exemple sur mes trois chats en accueil, je lui ferait choisir calie ma douce et paresseuse calie. pas cawa qui est independante et joueuse, pas pistache tres caline mais aussi tres joueuse...
tu vois mes chats je les connais et je sais comment ils sont!
ton billet est triste et doux! un simple constat : on ne peux pas tout accepter par amour!
16. mike - samedi 14 novembre 2009 - 13:55
Ton pere a besoin d'un autre chat, c'est evident... tu parles de la sensibilite de ton pere... je vois que tu n'as rien a lui envier... Il te faut lui en apporter un, en surprise... demande a tes guides, et ange gardien de t'aider dant le choix... nous avons de l'aide du monde invisible mais ne nous en servons pas... il faut demander... ils sont la pour nous aider...on peut meme commander cette aide... les anges et guides sont la pour ca.
17. M1 - samedi 14 novembre 2009 - 18:49
Il est très touchant ton billet, et son titre est presque le titre d'un livre. Je suis si triste pour ton papa et pour toi. Je suis aussi pour le fait que tu lui offre un chaton tellement craquinou qu'un seul regard de la petite bête lui redonnera la joie de vivre ! Fais-le vite !
Allez, pour te redonner le sourire ! : )
fr.cars.yahoo.com/0611200...
18. Epaminondas - samedi 14 novembre 2009 - 20:48
Très bouleversant ce billet où des sentiments très forts se glissent entre les lignes.
Pas facile d'aider un père qui a bâti une forteresse autour de lui mais avec l'âge, je crois que les remparts s'amenuisent et qu'ils n'attendent qu'une dernière estocade pour s'effondrer définitivement...
Peut-être faut-il mieux essayer et perdre plutôt que de ne rien tenter et ne jamais savoir si ça aurait pu marcher.
(Je viens de découvrir votre commentaire dans un ancien billet de mes esperluettes et j'y réponds de suite... Pardon pour mon silence involontaire.
J'aime votre blog qui aurait pu s'appeler "Tout net sur le net" tant il est clair et agréable à lire...
Belle soirée !)
19. Carole - samedi 14 novembre 2009 - 22:25
Pareil que toi pour les larmes et les quelques billets personnels que j'ai pu écrire ont été de douloureux mais nécessaires moments... avec douze paquets de kleenex à portée de main!
Pourquoi pas un chat de quelques mois déjà élevé car c'est vrai pas évident un chaton...
pour ta relation avec ton père, elle est ce qu'elle est et de toute façon se forcer à faire les choses n'est pas une solution... les parents ne sont pas toujours ce qu'on attend d'eux et il faut avec comme on peut, comme on veut...
20. J - dimanche 15 novembre 2009 - 10:42
Ouh, c'est dur comme histoire.
Dur et touchant.
Mais enfin, j'aime bien quand les masques tombent et quand nos faiblesses nous rendent plus humains. Après c'est vrai qu'on ne peut pas tout porter. Ce chat était méritant.
21. Aude Nectar - dimanche 15 novembre 2009 - 16:52
Merci à vous pour ces conseils et d'avoir partagé et su comprendre ces confidences, en effet le masque tombe puisque j'aborde peu souvent ce sujet, et qu'à force d'écrire ici, j'ai réussi à dépasser la pudeur et le qu'en dira-t-on pour me livrer sans voiler la réalité.
J'ai été habituée petite à faire comme si tout allait bien, tout le temps, à l'extérieur, alors que ce n'était pas le cas, et j'en ai marre aujourd'hui.
Je vois que je ne suis pas seule aussi à porter un certain poids familial, devoir s'inquiéter et soutenir un proche qui ne va pas bien quand soi-même aurions besoin de lui n'est pas toujours facile.
En même temps, j'ai pu expérimenter la résilience, et ça m'a rendue plus forte et compréhensive, et puis on a toujours de bonnes leçons à tirer des épreuves !
Je regretterais tout de même de ne pas avoir eu la famille normale que je voyais chez les autres, avec plus de stabilité, mais je sais au moins quelle erreurs ne pas commettre avec mes enfants, même si je suis loin d'être au top tous les jours !
Pour le chat, on verra, je crois aussi que ça lui ferait du bien, mais déjà que ma mère est l'infirmière de mon père, s'occuper de nourrir et soigner un animal (mon père ne fait que le caresser..) c'est une charge en plus, elle est fatiguée de tout ça, et je ne sais déjà pas où elle trouve toute cette patience.
22. Lolotte - dimanche 15 novembre 2009 - 21:02
C'est un billet aussi beau que triste ... que dire ???
On s'attache aux animaux, on reste attaché à sa famille et on reste impuissant devant les aléas de la vie. Ton post me touche tout particulièrement rapport à la dépression de ton père. J'ai vécu cela et sans aucun doute, c'est terrible pour les gens qui l'entourent. Malheureusement, le salut ne passe que par lui et peut-être que la perte de son chat sera un élément détonateur positivement ... c'est tout ce que je te (vous) souhaite.
23. chocoladdict - lundi 16 novembre 2009 - 09:24
dommage que ce que tu écris dans ce billet tu ne puisses lui dire en vrai...
24. La Mère Joie - lundi 16 novembre 2009 - 10:49
C'est très dur de voir ses parents aigris et malheureux. C'est dur de l'accepter parce qu'on est impuissants. C'est dur parce que la peine est là et que ça reste notre famille malgré tout avec un attachement, même si le fil est tendu.
Bon courage, Aude !
Le challenge du bonheur est entre tes mains avec toi d'abord pis ce que tu vas transmettre à tes enfants. ;-)
25. Aude Nectar - lundi 16 novembre 2009 - 13:02
Bon courage à vous aussi, parce qu'on a tous quelqu'un à soutenir dans nos familles, même si c'est plus ou moins visible..
Je suis déjà contente d'avoir réussi à prendre de la distance, être trop affectée t'empêche de construire ta propre famille, et je n'ai pas tous les pouvoirs, certaines maladies résistent à beaucoup de choses et au soutien des proches parfois..
26. mel - jeudi 19 novembre 2009 - 18:04
Bonsoir
Je suis moi même dépressive depuis 2 ans mais pour l'instant ne fait apparemment pas subir à ma famille la même chose que ton papa pour la tienne. En effet, un autre chat serait peut être une bonne solution.
D'une part, un chaton pourrait peut être le faire sourire par ses cabrioles, et d'autre part, peut être te le rendrait il. Je veux dire par là qu'il aurait peut être une parole ou un geste affectueux pour te remercier d'avoir pensé à lui.
Je ne trouve pas du tout que ton comportement soit "lourdingue". Ou alors, je suis lourdingue aussi car les 1ers mots de ton post m'ont mis les larmes aux yeux.
Je comprends que la situation soit difficile mais t'encourage à ne pas baisser les bras. C'est surement très facile à dire, mais courage
Mel
27. Suzanne - vendredi 11 décembre 2009 - 04:39
Vous êtes magnifique!
Que de fougue, que de grâce et d'élégance dans vos mots. Même pour décrire le drame de ce père et cette souffrance que l'on sens à chaque détour des phrases.
Je découvre votre blog depuis hier, j'y reviens, je pige, je regarde, je rêve... Je fais tout dans le désordre, mais je vous vois sortir de ce train à Paris, je suis avec vous pour les envolées au sujet des vaccins, j'imagine le reste. Avant de le lire encore demain.
Merci!
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