Good trip


Je marche sur la plage.
Ma robe est légère, légère..
Le soleil est bien présent. Oui, je répète, bien présent, énorme, et il brille un max.
Chaque parcelle de ma peau ressent sa chaleur.
Une brise tiède me caresse le visage, les jambes, les bras.
Un sentiment de plénitude m'envahit toute entière.
J'inspire et m'emplis de bien-être, je le sens couler dans mes veines, ça picote agréablement.
Les gens que je croise sont heureux.

Je continue, seule, pour atteindre le bout de cette plage qui semble sans limite.
Je me retourne, pour vérifier que je laisse bien mes empreintes sur le sable.
Que ce n'est pas qu'un rêve.
Que je ne vais pas retrouver mon gros manteau, le froid glacial, le gel sur mon pare-brise dans 5 secondes.
Ouf, ils sont encore là.
Les vagues qui roulent sur les cailloux et apaisent mon esprit.
Le bleu, le blanc, l'or et le vert éclatants.
Les cris d'enfants joyeux qui résonnent.
Et s'éloignent tandis que j'avance, inlassablement, vers mon but inavoué.

Je ne demande pas grand chose.
Juste sentir et respirer.
Contempler les voiliers qui passent lentement, les mouettes qui se posent près de moi.
Avoir le temps.
Avoir chaud.
Avoir confiance.

Soudain une petite maison en pierres.
Timidement, je passe la porte entrouverte.
A l'intérieur, un lit blanc, des draps propres, un édredon moelleux, face à une grande fenêtre ouverte sur la mer.
Je m'allonge sur le dos.
J'écoute, je me détends, mes pensées s'égarent.
Alors que je m'assoupis, une forte voix masculine, rapide et angoissante me fait sursauter.
Une télé s'est allumée toute seule dans un coin de la pièce.
Des parisiens stressés qui regardent leur iPhone dans le métro. Des haïtiens coincés sous des gravas. Des gens qui courent, qui se tirent dessus, qui meurent, qui amassent de l'argent, sans rien comprendre au pourquoi et à ce qu'ils foutent ici.

STOP ! je me surprends à crier.
Surprise, vexée, la télé s'éteint. Et se laisse tomber par terre.
Elle explose sans un bruit. Quelle délicatesse, je la remercie tout bas d'avoir épargné mes oreilles, mon corps tout entier.
Je ferme les yeux.
Je pense que je me sens bien ici.
Mais qu'il manque des livres.
J'ouvre les yeux.
Quel délice de redécouvrir la mer.
Mais quelque chose a changé.
Tiens, une étagère débordante de bouquins est apparue sur le mur, à gauche de la fenêtre.

Je décide de retenter l'expérience.
Bing (yeux fermés), Bang (pensée appétissante), Poum, un fondant au chocolat est apparu sur la table.
Je me précipite pour le goûter.
Fabuleux.
La moitié y passe, chaque bouchée est d'une indicible suavité.
Soudain, un chat pénètre dans la pièce.
Il saute sur mes genoux, s'installe confortablement, ronronne.
Je me laisse aller en arrière sur mon fauteuil.
Le caressant sereinement.
Qu'est-ce qu'il est doux.
Son regard vert se pose sur moi.
Il semble me dire : "profite de ces petits moments agréables, savoure chaque instant, la vie passe trop vite tu sais." (oui il dit tout ça, bavard le bougre)
J'acquiesce.

Alors que je repasse ma main sur sa fourrure, je bute contre quelque chose.
AAAAAAAAH !!
Des petites bestioles grimpent sur mes doigts.
En émettant de petits cris presque humains.
Mon cœur s'accélère, c'est quoi ces trucs ?
Mais ils parlent en plus. Je tends l'oreille vers les bestioles qui ont la taille de coccinelles.
"Aude ! Maman ! C'est nous !"
C'est quoi ce délire ?
Je regarde de plus près.
AHHHHHH !
Ce sont mes enfants, mon mari, qui tendent leurs mini bras vers moi et m'appellent.
"Reviens..."
Une onde de choc me traverse.
Ils me manquent.
Je les prends tous dans ma main.
Ils sont mignons. Tout petits.
Je les asticote du bout du doigt.
Ca les fait rire.
Nectarine me fait un bisou, à peine perceptible.
Au fur et à mesure que je sens à l'intérieur mon amour grandir pour eux, ils deviennent de plus en plus lourds.
Mon bras cède. Ils tombent par terre, mais tout va bien.
Ils ont retrouvé leur taille normale.
Ils regardent autour d'eux, et trouvent ça chouette.

Depuis, on vit dans cette maisonnette en pierres sur la plage.
Il fait beau toute l'année.
La télé est pétée.
La mer nous berce la nuit.



 
 
Commentaires

1.   Faustine  -  mercredi 10 février 2010 - 10:15


Attends, je ferme les yeux et te rejoins ;)

   
 

2.   frannso  -  mercredi 10 février 2010 - 11:28


Aude aux Pays des Merveilles ...
Il fait du bien ce texte .
Il reste des champis ?

   
 

3.   MissBrownie  -  mercredi 10 février 2010 - 11:45


Tu as pris quoi au petit déjeuner ? :-D

   
 

4.   M1  -  mercredi 10 février 2010 - 12:58


C'est une agréable surprise de te lire dans ce registre !
Et tu vas en faire un duo avec Gérald de Palmas? = )

   
 

5.   lili est insolente  -  mercredi 10 février 2010 - 13:25


les contes d'aude nectar....

   
 

6.   La Femme coupée en deux  -  mercredi 10 février 2010 - 15:11


Aude, fais tourner le oinje,
Y'a du monde sur la corde à linge...

   
 

7.   madamezazaofmars  -  mercredi 10 février 2010 - 16:09


Attends j' ecoute les cigales ...

   
 

8.   chouquette  -  mercredi 10 février 2010 - 16:40


bon jai tout ça si tu veux, manque juste la chaleur (mais la main sur le radiateur ça fait illusion...)

   
 

9.   Aude Nectar  -  mercredi 10 février 2010 - 21:49


OK je fais tourner..
Vous êtes tous invités dans ma petite maison, je peux y ajouter autant de pièces que je veux.

   
 

10.   Natacha  -  mercredi 10 février 2010 - 22:12


Il y a le ciel, le soleil et la mer.....

   
 

11.   jean bou  -  jeudi 11 février 2010 - 00:34


des champis, des joints, du soleil, un lit, ...j'arrive !

   
 

12.   Alexandra  -  jeudi 11 février 2010 - 08:09


Je suis nouvelle sur votre blog, très contente de vous lire. Jolie songe, qui nous transporte bien loin de notre pays froid et en neigé, merci pour ce dépaysement !!

   
 

13.   chrys  -  vendredi 12 février 2010 - 11:42


Nouvelle aussi!
Bien pensé, bien rêvé plutôt et superbement exprimé, ce besoin d'évasion qui habite la plupart d'entre nous à un moment ou un autre!
Je me demande parfois pourquoi on ne cherche pas à s'offrir nos rêves!
La fuite en avant...! On emmènerait bien sûr ceux qu'on aime...!
Alors, pourquoi pas?
Ben, hier encore, je demandais à mon p'tit homme (11 ans)
- ça ne te plairait pas de vivre au soleil?
- non, j'aime bien la neige!
- ben on pourrait aller à la montagne (mais vraiment pour lui faire plaisir...) en février et le reste du temps on serait au soleil...!
- j'veux pas changer d'école...
Dans sa petite tête, école=copains!
Difficile de concilier tout ça!
Alors, se réfugier dans ses rêves reste une solution mais le réveil est parfois difficile!
Bye...!

   
 

14.   Aude nectar  -  lundi 15 février 2010 - 19:22


Rêver c'est important.
Les coups de tête pour réaliser certains rêves parfois ça vaut le coup aussi. Mais avec trois petits, c'est moins facile !

   
 

15.   pel  -  dimanche 28 février 2010 - 21:16


La vie ne vaut que pour les rêves que l'on se donne la peine de réaliser. Mais il est vrai que les réalités financières et familiales peuvent être un frein à leur réalisation. Alors fermons un peu les yeux...

   
 
 

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