Notre part sombre
Aude Nectar - jeudi 18 mars 2010 - Infos qui me font réagir - #612 - rss
Hier une émission a reproduit l'expérience de Milgram, qui date des années 60.
En échange d'une indemnisation marginale, un homme envoie à distance des chocs électriques de plus en plus puissants à un autre, dés qu'il répond mal à une question.
L'objectif est de voir si malgré ses cris de douleur, incité par une autorité qui le dédouane de ses responsabilités, il va continuer jusqu'à balancer assez de jus pour potentiellement le tuer.
L'expérience a été reproduite version télé-réalité commentée par un psy pour démontrer en quoi la télé peut pousser quelqu'un de bien à nier ses congénÚres. Pire, à les torturer pour satisfaire un public, une organisation, un présentateur, un contrat.
Ces hommes et ces femmes travaillent parfois dans l'accompagnement humain, sont bĂ©nĂ©voles pour des associations humanitaires, et sont persuadĂ©s d'avoir de bonnes valeurs morales, d'ĂȘtre quelqu'un de juste, d'intĂšgre, qui saurait se rebeller pour protĂ©ger quelqu'un qui souffre.
Seules 16 personnes, et encore certaines ont Ă©tĂ© assez loin dans les envois de volts, sur les 70, ont osĂ© dire NON, j'arrĂȘte, et maintenir leur dĂ©cision, quitter le jeu malgrĂ© les pressions de la prĂ©sentatrice, qui leur demandait de ne pas se laisser impressionner, les poussait Ă continuer sachant qu'ils ne sont responsables de rien.
On leur avait bien précisé qu'ils ne gagnaient rien et que c'était juste un test du jeu avant de le lancer.
81% des "candidats" ont continué jusqu'au bout (autour de 70% pour Milgram et similaires), certains n'osaient croire que c'était réel, ou voulaient se convaincre que non, ou n'ont pas eu le courage de s'opposer à la présentatrice et au public, ou sont restés assez indifférents. Public qui je le précise ne s'est pas soulevé contre ces tortures exécutées devant lui, la plupart ont parfois ri. Comme au temps de César et des combats de gladiateurs, le public prenant plaisir à se faire peur, jouissant de contempler des hommes s'entretuer.
On a gardĂ© cette fascination. Que ce soit un homme ou un taureau, finalement, aucune importance. C'est du spectacle, mĂȘme si mort et blessures sont au programme.
Le gars torturé jouait mal, ses cris de douleur sonnaient faux, ce qui a du encore davantage déculpabiliser les hésitants.
Cependant un doute persistait, est-ce que vraiment je lui inflige des décharges douloureuses voire dangereuses ?
Allez, l'autorité, les organisateurs m'assurent que je dois continuer, donc j'y vais, je suis venu pour ça, j'irai jusqu'au bout.
Une à deux personne sur 10 parmi nous, d'aprÚs ces résultats, s'opposerait à l'autorité par compassion pour autrui.
L'extermination des juifs ou d'un autre peuple menée par un leader charismatique pourrait-il encore se reproduire ?
Combien d'entre nous se croient gentils mais seraient capables, parce qu'on leur dit que c'est juste, qu'il n'y a aucun problĂšme, de faire du mal Ă leur prochain ?
Des gens qui se croient bons, font tout pour se le prouver et le prouver aux autres (humanitaire, dons, services..) tout en disant du mal facilement de ceux qui leur dĂ©plaisent, entraĂźnant d'autres personnes dans une haine et des mĂ©disances, j'en ai hĂ©las rencontrĂ©. Certains vont mener des actions pour nuire sans l'ombre d'un remord ou l'expression d'un regret. Des personnes qui ont cependant une haute opinion d'elles-mĂȘmes.
J'ai aussi dans mon entourage des personnes rĂ©ellement bonnes, intĂšgres, qui appliquent Ă elles-mĂȘmes, aux autres, leurs valeurs morales, sans attendre de retour, sans volontĂ© de nuire ou rendre des coups. Je les admire, mais que seraient-elles capables de faire dans ce type d'expĂ©rience, je ne peux ĂȘtre sure de rien. L'humain est complexe.
Moi-mĂȘme je m'en suis parfois voulue d'avoir Ă©tĂ© trop impulsive, d'avoir eu des attentes et parfois mal rĂ©agi, d'avoir critiquĂ© des personnes sans prendre le temps de bien les connaĂźtre. Mais je me suis remise en question, j'ai rĂ©flĂ©chi, regrettĂ©, et reconnaĂźtre ces erreurs me permet de peaufiner mes valeurs, savoir celles qui ont de l'importance pour moi, et surtout les appliquer de mieux en mieux au quotidien.
Enfin, et j'en reviens Ă mes questions existentielles je trouverais intĂ©ressant d'utiliser ce type d'expĂ©rience pour sĂ©lectionner nos chefs d'Ătats. Imaginez l'Ă©volution rapide en paix et tolĂ©rance, en respect, si nos dirigeants Ă©taient choisis sur leurs valeurs et leur capacitĂ© Ă les appliquer en toute occasion. Leur compassion pour autrui, leur envie de faire avancer positivement leur pays, le monde. Et non pas que gagner du fric, ĂȘtre une puissance industrielle et Ă©conomique quitte Ă polluer et piquer des Ă©nergies, des terres, des biens par ci par lĂ , tuer des familles entiĂšres lors de guerres inutiles.
La sélection naturelle ne devrait peupler la terre que d'hommes comme eux pour qu'elle tourne enfin rond.

1. MissBrownie - jeudi 18 mars 2010 - 10:59
Je n'ai pas regardé cette émission mais une collÚgue m'en a parlé.
Ăa ne m'Ă©tonne guĂšre que 80% des spectateurs aient continuĂ© le jeu jusqu'au bout.
Pour ta réflexion, je pense qu'il est important d'apprendre de ses erreurs et d'en tirer des leçons puis de les appliquer ;)
2. Lolotte - jeudi 18 mars 2010 - 11:11
J'ai entendu parler de l'émission mais je fuis la télé réalité. Quant au constat, il est bien triste. J'avais lu des articles sur l'expérience de Milgran, plus de 83% des personnes participant aux tests avaient appuyé sur le bouton déclenchant la pseudo-décharge "mortelle" .. et l'expérience a eu lieu au sortir de la guerre ou persque ... c'est édifiant. L'espÚce humaine est diaboliquement complexe ...
3. M1 - jeudi 18 mars 2010 - 11:58
Le cÎté Obscur de la Force ...
Rappelle toi Hobbes : "l'homme est un loup pour l'homme".
Pour ĂȘtre honnĂȘte, je pense que l'Ă©mission de France2 est en partie bidonnĂ©e, m'Ă©tonnerait pas qu'on dĂ©couvre qu'il y a eu des "meneurs" dans ce jeu, mais n'empĂȘche, les questions qu'on doit se poser restent bonnes ! Est-ce qu'une autoritĂ© peut dĂ©douaner la masse de ses responsabilitĂ©, pire, lui enlever toute humanitĂ© ?
En ce qui concerne la torture, la question se pose autrement aujourd'hui avec la question du terrorisme. Et j'avoue que dans ce cas bien prĂ©cis, le bien-ĂȘtre de ses fils de putes m'importe peu du moment oĂč les informations qu'ils livrent peuvent sauver des vies.
4. La MĂšre Joie - jeudi 18 mars 2010 - 12:02
B. Cyrulnik donne UNE explication intéressante de ce phénomÚne dans "Les nourritures affectives". Si ça t'intéresse.
5. chouquette - jeudi 18 mars 2010 - 13:14
"L'enfer, cest les autres"... Sartre avait bien raison ;-)4
Ce qui est intéressant dans tout ce processus c'est le regard que portent les candidats à l'animatrice. Les animateurs, nouvelles "idoles" des temps modernes. Comme toi je trouve que le mec jouait vachement mal j'aurai pu faire mieux ahahahh (avec une petite séance d'épilation en parallÚle, et hop des cris d'enfer)
6. Bulles d'infos - jeudi 18 mars 2010 - 13:24
Billet trÚs intéressant. Je n'ai pas regardé l'émission volontairement car j'en ai tellement entendu dessus que j'étais déjà en sur-saturation.
Ce qui me gĂȘne, outre tout ce dont tu as parlĂ© et si j'ai bien compris les rĂ©sultats de cette nouvelle expĂ©rience (qui apparemment n'apporte pas grand chose de + que les prĂ©cĂ©dentes) c'est que la tĂ©lĂ© soit devenue une forme d'autoritĂ©. Cela me semble dĂ©nuĂ© de sens mais peut-ĂȘtre suis-je dĂ©formĂ©e parce que j'y ai travaillĂ© ;-)
7. AlexandraToday - jeudi 18 mars 2010 - 14:29
Je ne suis pas sĂ»re que la tĂ©lĂ©vision soit un bon vecteur pour parler de l'humain tout comme l'humain ne devrait pas parler autant de la tĂ©lĂ©vision QUI croit qu'elle façonne l'humain et se prend pour Dieu. L'Homme n'a pas besoin de la tĂ©lĂ©vision pour ĂȘtre mauvais, mais elle manipule, c'est certain. Alors, Ă©teignez vos tĂ©lĂ©viseurs ou... jetez le comme moi !
8. Kahlan - jeudi 18 mars 2010 - 15:15
J'aime beaucoup l'illustration ! (le texte aussi, hein, ne te vexe pas !:D)
Je n'ai pas regardé parce que je connais l'expérience de base en long, en large et en travers, pour l'avoir étudiée en psycho.
Malgré tout, je trouve cette émission un peu sordide, juste pour faire de l'audience. Ca m'énerve qu'on dise que c'est "pour l'expérience scientifique", alors qu'on connaissait bien sûr les résultats à l'avance. Et on se doutait bien que le pouvoir de la télé était trÚs fort.
9. Kerbiboul - jeudi 18 mars 2010 - 15:29
je crois que ça montrait surtout que les valeurs tĂ©lĂ©visuelles se superposaient aux valeurs des candidats (religion, morale) et prenaient le dessus, alors mĂȘme que ce ne sont pas des pervers.
qu'est ce qui a poussĂ© les candidats Ă continuer ? la timiditĂ©, la pression de l'animatrice, le public vĂ©hĂ©ment, toute l'organisation du show et l'Ă©quipe technique, la peur de dĂ©cevoir tout le monde, de ne pas coller Ă l'image du "bon" candidat.. tout ça est comprĂ©hensible, mais rĂ©vĂšle tout de mĂȘme que mĂȘme dans la cadre d'une Ă©mission de loisirs, ils ont laissĂ© leurs valeurs au vestiaire pour obĂ©ir Ă la grosse machine tĂ©lĂ©, tout en sachant q'ils Ă©taient potentiellement entrain de torturer jean-paul !
une question tout de mĂȘme : pourquoi ont ils acceptĂ© de participer Ă un tel jeu ?
10. madamezazaofmars - jeudi 18 mars 2010 - 16:19
J' ai essayé de regarder, j' ai eu du mal, le poids de la culpabilité ou le degout des autrres, je ne sais pas
11. lili est insolente - jeudi 18 mars 2010 - 16:50
Tout le monde parle de ça en ce moment : moi y a quelque chose qui m'énerve dans ce truc...
ouais
un petit ras le bol
12. Aude Nectar - jeudi 18 mars 2010 - 17:15
Oui on en parle, mais de mon cĂŽtĂ© je connaissais bien l'expĂ©rience de Milgram que j'avais Ă©tudiĂ©e en reprenant des Ă©tudes de psycho, c'est par intĂ©rĂȘt envers ces rĂ©sultats qui m'avaient alors surprise que j'ai regardĂ© cette Ă©mission. Le buzz je m'en fous, je ne cite mĂȘme pas son titre racoleur d'ailleurs, le cĂŽtĂ© sordide et choquant est Ă©vident, mais le fond trĂšs intĂ©ressant (et terrifiant, l'homme est en effet un loup pour l'homme, potentiellement).
Ce matin j'écoutais un client parler et plaisanter avec un commerçant. Et mon regard était différent suite à ces réflexions. Et si l'un était poussé par une quelconque autorité avec du charisme à torturer l'autre, le ferait-il ? C'est possible. Jusqu'à le tuer. C'est ça qui est dingue.
13. La Femme coupée en deux - vendredi 19 mars 2010 - 10:14
Il y a aussi le public, assis dans son canapé, qui regarde le public dans sa téloche, qui regarde un mec se faire faussement torturer... cela a -t-il un sens ?
14. Frannso - vendredi 19 mars 2010 - 11:40
J' ai trouvé le documentaire assez mal construit mais l' étude menée et le débat vraiment intéressants . Le type jouait vraiment mal mais tu as vu ces stratégies qu' entreprenaient les gens pour éviter de lui infliger le "chùtiment" ? Pourquoi tricher s' ils ne croyaient pas à la situation ?
Tout simplement j' imagine pour pouvoir continuer et dĂ©culpabiliser . Le mĂ©canisme reproduit doit ĂȘtre effectivement le mĂȘme que celui qui s' est produit lors des grands massacres . Je ne fais que mon travail, ce n' est pas de ma faute . Basta !
Ce qui m' a le plus choqué, c' est le public qui se délectait du spectacle . Une hystérie collective . Hallucinant !
15. lili est insolente - vendredi 19 mars 2010 - 14:27
HĂ© oui
Mais ce n'est pas le buzz qui m'énerve c'est surtout cette sorte d'expérience à grande échelle dont on informe en masse un public de masse
je vais retourner lire sa majesté des mouches du coup
16. MademoiselleK - vendredi 19 mars 2010 - 19:42
Ces émissions(et toutes les autres) existent car le gens les regardent.
Tant qu'il y aura des téléspectateurs, il y aura des émissions de merde.
Jetez vos tĂ©lĂ©viseurs par la fenĂȘtre (en faisant gaffe aux gens en dessous)! ça devient une urgence
17. Natacha - samedi 20 mars 2010 - 14:52
Je n'ai pas regarder l'Ă©mission. Car ça fait quelques annĂ©es que je ne regarde plus la tĂ©lĂ©, mais aussi parce que mĂȘme si l'avait encore, le buzz autour avant m'en a dĂ©goutĂ©. Le dĂ©bat de fond est intĂ©ressant, ce dont l'homme est capable envers ses semblables. Cependant, la forme spectacle tĂ©lĂ© pose aussi la question de notre rapport Ă la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, les mises en scĂšne "spectacle" et un traitement du sujet gĂ©nĂ©rateur de polĂ©miques, donc d'audimat. Tiens, cela me fait penser Ă la chanson de Jean-Jacques Goldman : "Et si j'Ă©tais nĂ© en 17 Ă Leidenstadt Sur les ruines d'un champ de bataille. Aurais-je Ă©tĂ© meilleur ou pire que ces gens. Si j'avais Ă©tĂ© allemand ?....". Je ne sais pas.
18. Natacha - dimanche 21 mars 2010 - 09:03
A ce propos, RUE89 a sorti un article sur le sujet :
www.rue89.com/tele89/2010...
19. machaisnotdead - mardi 23 mars 2010 - 21:57
Je vous conseille un dĂ©tour du cĂŽtĂ© du film d'Henri Verneuil, "I comme Icare" qui reproduit dĂ©jĂ cette expĂ©rience pour montrer les dangers d'une obĂ©issance passive. Rappelons aussi que cette expĂ©rience Milgram tente d'expliquer ds les annĂ©es 60 le comportement des SS qui se contentaient d'obĂ©ir, de suivre les ordres d'en haut, lors mĂȘme qu'ils Ă©taient contraires Ă leur ordre moral. Il s'agissait d'Ă©tudier par lĂ les mĂ©canismes d'obĂ©issance Ă une autoritĂ©. Ainsi, une fois qu'une autoritĂ© est reconnue comme lĂ©gitime, l'obĂ©issance est de mise. Effrayant, non?Effrayant surtout de constater que 80% des gens obĂ©issent. Pur sadisme?Pas vraiment visiblement. Non, juste de l'obĂ©issance.
20. laloose - jeudi 25 mars 2010 - 02:15
J'ai Ă©crit un billet sur le sujet, mais en synthĂšse il me semble que ce que l'on peut tirer de ce genre d'expĂ©rience et de ses rĂ©sultats hallucinants est qu'il faut apprendre Ă rĂ©sister et s'opposer dans les petites choses de la vie sociale, familiale ou professionnelles mĂȘme si elles n'apparaissent pas fondamentales : car Ă force de faire mine d'approuver ou de cautionner, quand on est pas d'accord, des petites dĂ©cisions qui n'engagent pas, on en vient Ă perdre de la luciditĂ© ou de l'indĂ©pendance d'esprit pour des sujets beaucoup plus grave, que ce soit infliger des dĂ©charges Ă©lectriques dans un jeu tĂ©lĂ© ou dans l'enceinte d'une universitĂ©, mais aussi ne faire "que" conduire un train dont on feint d'ignorer qu'il conduit des gens dans un camp de la mort...
C'est la (petite) leçon que j'en tire.
21. béné - samedi 3 avril 2010 - 18:08
Comme l'a dit kerbiboul, la premiĂšre question Ă se poser est : pourquoi les gens ont-ils acceptĂ© de participer Ă ce jeu ( lors de la rencontre avec le producteur, tout leur est expliquĂ© tout de mĂȘme ). Combien, Ă ce niveau, ont refusĂ© de participer ( perso c'est ce chiffre qui m'interesse et qui mettrait en perspective les autres ).
Pour la suite, dĂšs lors que vous ĂȘtes volontaires pour participer ( le premier "oui" est le plus important ), pourquoi s'arrĂȘter ou comment s'arrĂȘter quand la pression d'une machine en marche se fait sur vous.
J'ai trouvé le reportage intéressant mais de nombreuses questions sont restées en suspend et ce n'est pas le pseudo débat présenté à l'issue ( enregistré la semaine d'avant et monté d'une maniÚre horrible ) qui a pu faire avancer le schlimbik... schmilblik... euh le schrimbrik... bref le truc.
22. lep - lundi 5 avril 2010 - 12:16
Ce documentaire sur l'expérience de Milgram utilise les pulsions des spectateurs qu'il est censé dénoncer. Ce qui est intéressant dans le cadre d'une expérience de psychologie devient du pur voyeurisme dans le cadre d'une production télévisuelle. Comme "illustration" de cette expérience, il vaut mieux (re)voir le passionnant "I comme Icare".
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