Le métro : promiscuité, volupté, éternité
Aude Nectar - lundi 29 novembre 2010 - Ma chronique : Les gens
Un rêve éveillé, le métro. Pas besoin de Meetic, de coke ou de vacances à l’autre bout du monde pour connaître l’extase, des sensations fortes, autant olfactives que charnelles, et pourquoi pas, rencontrer l’amour, l’art et la beauté, vous avez tout ça sous vos pieds.
Pourtant, on entend toujours les mĂŞmes complaintes.
Le métro ça pue, le métro c’est bruyant, le métro c’est dangereux, tu risques ta vie à chaque instant, ça grouille de rats qui nous refilent la leptospirose, des psychopathes te poussent sous la rame tout exprès juste quand elle débarque, le tzigane avec son harmonica te vrille les oreilles, le SDF bourré, un par station, t’insulte en titubant la bouteille à la main de bon matin. Le métro c’est des inconnus qu’on préfèrerait ne pas côtoyer, des gens qui arborent des têtes d’enterrements, le commercial avec sa cravate Mickey qui frise le ridicule, ta voisine de banquette qui lit Closer. Sans oublier le gars en face qui te frôle sensuellement le genou, l’air de rien, cachant comme il le peut une érection naissante, sa veste noire recouverte de pellicules qui donnent la nausée. L’enfer des grèves hebdomadaires est un suicide à petit feu. Pour couronner le tout, les geeks se multiplient, te foudroyant de leurs ondes nocives tout ça pour twitter et facebooker des conneries en continu (« je suis dans le métro et mon voisin a des auréoles » avec photo discrète sur Twitpic, un savoureux gros plan de l’aisselle inondée, pris de travers).
Quoi de plus naturel pourtant que rouler à tombeau ouvert chaque matin, six pieds sous terre, l’idéal pour tester ce piquant sentiment de claustrophobie que nous connaîtrons tous, plongés dans le noir, les uns à côté des autres pour l’éternité. Une adaptation quotidienne à ce qui attend chacun d’entre nous, dans un avenir plus ou moins proche, incluant les odeurs fétides et la promiscuité.
Le métro, c'est aussi un moyen absolument unique pour lire des quotidiens gratos, mater, et surtout, connaître cet instant d’éternité, quand tu es comprimé(e) contre ce bel inconnu, cette femme sensuelle (merci les grèves) pendant de longues et voluptueuses minutes, durant lesquelles il n’y a plus ni sueur, ni bousculade, ni peur d’être en retard, mais seulement vous deux, l’un contre l’autre, le cœur battant la chamade, à espérer qu’une panne d’électricité vous plonge dans le noir et vous bloque entre deux stations.
Qui n'en a pas profité ? (bon moi j'avoue, je tombe toujours contre le commercial en cravate Mickey).