On ne s’improvise pas écrivain ou poète
Aude Nectar - mercredi 16 février 2011 - Cogitude attitude
Depuis que je me prends au jeu de l’écriture, je ne lis plus de la même manière. Je suis plus attentive aux tournures, aux mots, au style, à ce qu’ils font chanter ou vibrer en moi, et autant je peux être transportée par un auteur, autant je peux carrément m’ennuyer avec un autre :peu de crédibilité dans l’histoire, plume hésitante ou manquant cruellement d’émotion, de passion, de sincérité.
C’est assez fascinant de constater que de grands auteurs, comme Zola qui a écrit ses premières œuvres puis sa superbe série des Rougon-Macquart, soit 20 romans, sur une durée de 30 ans, garde le même style constant et excellent d’un livre à l’autre. Je dévore Thérèse Raquin (l’un de ses premiers romans, 1867), l’Assommoir (1877) et la Bête Humaine (1890) avec le même plaisir et la même exaltation. Zola dépeint avec toujours autant de talent et de réalisme les différentes couches de la société, chaque personnage, chaque ville, chaque métier prend vie dans mon imaginaire avec la même facilité, sans que je me dise : « tiens là on voit qu’il maîtrise enfin et qu’il a pris de l’assurance le bougre ». A croire que chaque roman pondu ne peut qu’être qu’un chef-d’œuvre venant de lui, c’est ainsi, on naît puis on est grand auteur ou on laisse tomber, c’est tout.
En revanche, pour Fatou Diome, on sent au fil de ses œuvres que le temps et l’expérience jouent en sa faveur, et qu’elle n’est plus aujourd’hui l’auteur hésitant et tâtonnant de ses débuts, ce qui me semble plus logique et naturel. Ainsi, entre Inassouvies nos vies, embrouillé et naïf, et Celles qui attendent, un bijou de poésie et d’émotion, Fatou Diome a connu une progression faramineuse selon moi dans l’écriture, la cohérence, la clarté, la crédibilité. Dans ce dernier roman, elle atteint un sommet, et se dirige certainement vers d’autres cimes à l’avenir. A moins que ? Parfois, l’exploit n’est pas toujours renouvelé, malgré les espoirs et les efforts.
Dans ce cas, on voit clairement que la pratique paie, et qu’une plume gagne en qualité et en saveur avec le temps, tirant des leçons de ses errances passées. Mais il ne faut pas se leurrer, ces écrivains à succès sont doués, indubitablement, et ne s'improvisent pas écrivains en ayant juste lu deux BD des Schtroumpfs...
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