Emmène-moi sur ta grue, fais-moi tournoyer dans les airs


Depuis des mois, une grue s'est installée devant notre maison. Dans la cabine, un homme, chaque jour, peut me voir dans ma chambre.
Lorsque je lève la tête et que je risque un coup d'oeil dehors, mon regard est attiré par ses manœuvres, sa silhouette. Je discerne son visage, un peu flou, mais pas son expression.
Peut-ĂŞtre me sourit-il, ou me lance-t-il des regards courtois, sympathiques ou coquins, je ne le saurai jamais.
A midi, il mange un sandwich, tout seul, perché sur son fauteuil, à la cime des arbres.
Qu'il vente, qu'il pleuve ou qu'il neige, inlassablement, il actionne ses leviers, soulève des blocs de béton, pierre par pierre, fait avancer ce long et pénible chantier de maisons neuves, qui essaieront de s'intégrer comme elles le peuvent dans ce quartier ancien.
Parfois, il effectue une rotation, et me tourne le dos.
Je ressens alors un soulagement. Cette promiscuité aérienne avec un homme que je ne connais pas m'amuse et me dérange à la fois.
Souvent, il est face à moi, et si son attention s'égare, il peut me voir travailler devant ma fenêtre, mais aussi traverser la pièce en petite culotte lorsque je m'habille, et que dans un instant d'inattention, j'oublie sa présence.

Lorsque mes pensées vagabondent, j'imagine qu'il m'invite à le rejoindre sur sa grue. L'espace est confiné, et ainsi suspendue dans les airs, j'ai le vertige, malgré sa présence rassurante et son habitude de la machine.
Pour m'impressionner, il nous fait tournoyer, traverser les nuages, frôler les branches et les oiseaux. Au début, j'ai le vertige, mon ventre est secoué de spasmes d'angoisse. Rapidement, je m'habitue à l'altitude, à ces sensations nouvelles.
Puis moi aussi, je m'attèle aux commandes. Avec un certain talent, je soulève une petite mamie qui passait par là. Je la dépose sur le toit d'une maison, avec son caniche. Son air éberlué nous arrache un éclat de rire. Avant qu'elle ne tombe ou ne succombe à une crise cardiaque, je la repose sur le trottoir, et pour me faire pardonner, je manie mon levier pour lui cueillir de belles roses de mon jardin. Encore malhabile, c'est un rosier entier avec ses racines que je lui tends, mais je peux lire la joie sur son visage. La rue embaume, les passants rient, le chien aboie gaiement.

Enfin, mon gentil grutier me propose de redescendre. Je le sens amusé, mais gêné et effrayé des possibles conséquences de toutes mes facéties. Il ne tient pas à perdre son travail.
Après l'avoir bien remercié pour cette expérience étonnante, je retourne chez moi, et je reprends ma place derrière mon bureau, en face de lui. Il m'adresse un signe de la main, que je lui retourne.
Je ne distingue toujours pas ses traits, mais je devine qu'il sourit. Et moi, je ris.


Mon grutier (vue de ma chambre)

 
 
Commentaires

1.   emanu124  -  jeudi 3 juin 2010 - 16:06


Grutier, mon beau grutier....

   
 

2.   eddie  -  jeudi 3 juin 2010 - 16:23


beau texte :-)

   
 

3.   kerbiboule  -  jeudi 3 juin 2010 - 16:34


c'est tout mimi, ton histoire de grue ..surtout la petite mamie.

   
 

4.   bavardises  -  jeudi 3 juin 2010 - 17:04


Je decouvre ton blog, et j'ai beaucoup aimé ce texte...prends garde tout de meme a ne pas trop distraire le grutier avec tes petites culottes : un accident est is vite arrivé!:)

   
 

5.   Lolotte  -  jeudi 3 juin 2010 - 17:07


J'aime quand tu laisses ton esprit vagabonder ...

   
 

6.   Moun  -  jeudi 3 juin 2010 - 17:23


Une sympathique rêverie inspiré par cet homme au visage "sans traits" ! Comme quoi, on idéalise ce qu'on ne voit pas :)

   
 

7.   Sophie L  -  jeudi 3 juin 2010 - 17:58


Et qu'est-ce qu'il en pense lui? Il serait intéressant que tu nous écrives un texte avec son point de vue.

   
 

8.   FenĂŞtre sur le Monde  -  jeudi 3 juin 2010 - 18:08


Amusant

   
 

9.   AurĂ©lie  -  jeudi 3 juin 2010 - 20:09


Ouh lala sans moi j'aurais bien trop le vertige dans sa grue!!!

   
 

10.   Minijupe  -  jeudi 3 juin 2010 - 23:14


Ca me plairait pas une situation comme celle lĂ  !!!
J'aurais fait quelque chose...

   
 

11.   Frannso  -  vendredi 4 juin 2010 - 08:16


Tu as pensé que d' un point de vue freudien, le fait que tu veuilles rejoindre un inconnu sur sa grue et prendre les commandes pouvait être un peu inquiétant ...
Je me marre .

   
 

12.   leoetlisa  -  vendredi 4 juin 2010 - 10:20


ca va beaucoup mieux toi :D
J'aime bien la vision de la mamie soulevée et de la rose (enfin, le rosier) cueillie, très poétique.

   
 

13.   Aude Nectar  -  vendredi 4 juin 2010 - 12:08


Pour de vrai, j'aurais le vertige !
Tout est interprétable, sans excès, et on peut tout oser en imagination et à l'écrit, c'est sympa.

Merci pour votre passage.

   
 

14.   chocoladdict  -  vendredi 4 juin 2010 - 12:42


je n'ai pas particulièrement le vertige mais je crois que rien que pour atteindre la cabine j'aurais la trouille ! bon si le grutier ressemble à Jude Law je suis prête à me surpasser )

   
 

15.   MissBrownie  -  vendredi 4 juin 2010 - 17:07


Et lui, qu'imagine t'il de son côté dans sa cabine sur toi ??? ;)

   
 

16.   Pitch  -  samedi 5 juin 2010 - 08:41


met des rideaux devant tes fenetres lol
en tout cas rigolotte ton histoire

   
 

17.   Dame Sam  -  samedi 5 juin 2010 - 10:43


En voilà une jolie manière d'atteindre le 7ème ciel!

   
 

18.   Soma  -  samedi 5 juin 2010 - 17:28


Coucou !
Sympa ton histoire de grutier... De le voir, sur ce fond de ciel bleu, cela donne envie de revasser..
Sinon, pour info, je viens de créer un nouveau blog, en vue de mon expatriation future pour l'Inde.
Gros bisous & Ă  bientĂ´t

   
 

19.   Facebook  -  lundi 21 fĂ©vrier 2011 - 14:01


Et lui, qu'imagine t'il de son côté dans sa cabine sur toi ??? ;)

   
 
 

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