Quand les gens pleurent, elle danse


Jeanne est légère et passionnée. Quand les gens pleurent, elle danse. Quand ils enragent, elle rit. Quand ils frappent, elle chante.
C’est toute sa vie, danser, rire, chanter. Cette étrange attitude lui vaut bien des sobriquets. Ses collègues la surnomment la cruche, l’autiste ou la débile. Ses frères et ses amis ne l’appellent plus. Ses parents fuient ses baisers mièvres comme la peste.
Un jour, alors qu’elle dansait et chantait en riant, avec toute sa légèreté, elle a sauté d’un pont. Elle s’est écrasée 10 mètres plus bas, sur un tas de pierres. La rivière était asséchée, comme le cœur de tous ceux qui ne supportaient plus sa joie de vivre.
Son corps désarticulé, inhabituellement silencieux et immobile, gisait sur un rocher, attendant que l’eau jaillisse du ciel et de la terre pour l’emporter.

Un homme est passé par là.
Tout doucement, il a réparé ses membres tordus, a soufflé dans sa bouche, puis s’est mis à chanter et danser. Jeanne a ouvert les yeux en souriant. Elle n’en revenait pas. Il a fallu qu’elle meure un instant pour rencontrer le seul être qui la comprenne.
Depuis, ils vivent ensemble, plus profondément dans la forêt, au bord de cette même rivière qui les a réunis, loin des sévices et des moqueries de leurs semblables.
Leurs enfants ne parlent pas, ils chantent. Ils ne pleurent pas, ils rient. Ils ne marchent pas, ils dansent. Ils se nourrissent de baies sauvages et de poissons. L’eau de pluie les désaltère. Le soir, ils s’offrent les étoiles du ciel. Le jour, leur existence est ancrée dans le réel, alors que celle de leurs semblables, dans les villes, est dominée par le virtuel. Ils ont le temps de rire, de s’aimer et de danser, alors que leurs bourreaux dans leurs appartements sont rongés par la fatigue, terrassés par l’angoisse de l’avenir, le temps qui passe trop vite.
Ils chantent, ils rient, ils dansent, sans aucune inquiétude pour ce monde qui tourne trop vite, les inégalités, la pauvreté, l’environnement, le climat, le chômage, les guerres, la maladie et la mort.
Et surtout, ils n’existent pas.

 
 
Commentaires

1.   fifi73  -  mardi 9 novembre 2010 - 09:48


Bonjour Aude,

fidèle lecteur de ta prose, celle-ci est très réussie.

Bravo

   
 

2.   orelylyly  -  mardi 9 novembre 2010 - 10:10


je crois que tu voulais dire colibets (moqueries) Ă  la place de colifichets (bijoux fantaisie) meuh je dis rien je les utilise l'un pour l'autre moi aussi.

en tout cas C'est bien joli

   
 

3.   Aude Nectar  -  mardi 9 novembre 2010 - 10:19


Merci Fifi.
Aurélie, merde j'aimais bien colifichets dans la phrase, mais j'ai écrit trop vite, en effet, bien vu !

   
 

4.   Zette  -  mardi 9 novembre 2010 - 10:23


Oula-la.
Me plaît énormément!

   
 

5.   François  -  mardi 9 novembre 2010 - 10:24


Très beau texte.
Bravo.

   
 

6.   A 5 c'est mieux  -  mardi 9 novembre 2010 - 10:24


c'est très joli.

   
 

7.   mllelouise  -  mardi 9 novembre 2010 - 10:43


très beau et un peu triste aussi

   
 

8.   Aude Nectar  -  mardi 9 novembre 2010 - 23:10


Merci ! (coucou François !)

   
 

9.   Cafe Bruges  -  mercredi 10 novembre 2010 - 14:00


Really heart touching!!!

   
 

10.   eddie  -  mercredi 10 novembre 2010 - 21:17


C'est très beau mais un peu mélancolique :-)

   
 

11.   Aude Nectar  -  vendredi 12 novembre 2010 - 23:09


C'est vrai Eddie..Ă  mes heures.

   
 

12.   Malou  -  mardi 23 novembre 2010 - 17:20


Que ça fait du bien de jolis textes!!! c'est très réussi!!!

   
 

13.   pass4sure 1z0-050  -  mardi 14 dĂ©cembre 2010 - 08:01


Boh j'ai rien trouvé encore...
Tous ces superbes clichés... C'est décourageant...

   
 

14.   WoW  -  jeudi 16 dĂ©cembre 2010 - 15:36


J'ai compris,c'était juste pour dire que,dans ce monde,y'as plus personne qui rit,qui danse et qui chante,et surtout,qui possède une vraie "joie de vivre" ,je me trompe ?

   
 
 

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